Une ville sur une colline entre deux mers
Tanger se tient là où l'Atlantique rencontre la Méditerranée, à quatorze kilomètres de l'Espagne — assez près pour que, par temps clair, on se poste sur les remparts et regarde un autre continent. La ville s'empile à flanc de colline au-dessus de son port. Au sommet, la Kasbah, l'ancienne citadelle. En dessous s'étale la médina, close de murs et dégringolant la pente.
Le Grand Socco — officiellement place du 9-Avril-1947 — est la charnière où la médina rencontre la ville moderne, et au-dessus, à l'ouest, s'étend la Ville Nouvelle, les boulevards bâtis par les puissances européennes. Plus à l'ouest encore, Marshan, haut perché et résidentiel au-dessus des falaises ; à l'est le long de la baie, la corniche file vers les hôtels de Malabata. Cinq lieux distincts, tous dans un rayon de deux kilomètres, et des séjours réellement différents.
Le fantôme qui rend Tanger unique
De 1923 à 1956, Tanger fut une Zone internationale, administrée conjointement par un comité de puissances étrangères et, dans les faits, par personne — ce qui en fit un refuge d'espions, de contrebandiers, d'exilés fiscaux et de toute une génération d'écrivains venus pour les loyers bas et l'absence de règles. Paul Bowles y resta cinquante ans. Burroughs y écrivit une grande part du Festin nu.
Kerouac, Ginsberg, Capote, Matisse, puis les Rolling Stones y passèrent. Cette histoire est le vrai facteur distinctif de Tanger — aucune autre ville marocaine ne l'a — et elle reste lisible sur le terrain : les cafés du Petit Socco où se traitaient les affaires, le Café Hafa sur les falaises de Marshan où Bowles buvait son thé à la menthe sur des terrasses de 1921, le Gran Café de Paris place de France.
Si vous hésitez entre villes marocaines et que cela vous parle, Tanger doit remonter dans votre liste ; si cela ne vous évoque rien, elle offre moins que Fès ou Marrakech.
La Kasbah : l'adresse à convoiter
La Kasbah est la citadelle close au sommet de la médina, et c'est le meilleur endroit où dormir à Tanger. Plus calme que la médina en contrebas — résidentielle plutôt que commerçante, quasiment sans passage — elle abrite les plus belles demeures, ce qui explique pourquoi artistes, écrivains et acheteurs étrangers s'y sont installés. Les dars et petits riads y sont souvent superbes, et ce que vous payez vraiment, c'est la vue : des terrasses tournées au nord vers le détroit de Gibraltar, la côte espagnole à l'horizon et les porte-conteneurs qui défilent.
Le musée de la Kasbah occupe l'ancien palais du sultan sur la place. Le hic est celui de toute médina : les voitures s'arrêtent aux portes, et vous montez. La grimpette est courte à l'échelle marocaine — rien à voir avec Chefchaouen — mais c'est une grimpette.
La médina et le Grand Socco
La médina de Tanger est un soulagement après Fès. Elle est petite, bâtie en pente — donc on sait toujours où est la sortie — et ses ruelles sont plus larges et mieux indiquées que celles des villes impériales. Le Petit Socco en est le vieux cœur interlope : une placette de cafés qui fut le centre des affaires les moins légales de la Zone internationale, et où l'on s'assoit aujourd'hui simplement bien.
Le Grand Socco, juste hors les murs, est la grande charnière de la ville : marchés, Cinéma Rif, taxis, et le point où une voiture vous rejoint vraiment. Loger dans la médina même vous met au cœur de l'action pour moins cher que la Kasbah, au prix de plus de bruit et du démarchage de bas étage dont Tanger achève de se défaire. L'amélioration est spectaculaire, mais c'est encore dans les ruelles que vous croiserez l'occasionnel guide non sollicité.
La Ville Nouvelle : là où la ville fonctionne
En haut et à l'ouest du Grand Socco, la Ville Nouvelle est le centre moderne et opérant de Tanger — boulevard Pasteur, place de France, la Terrasse des Paresseux et sa vue sur le port, et le Gran Café de Paris qui vit toujours bien de sa réputation littéraire et d'une apparition dans les films Bourne. C'est là que se trouvent les vrais restaurants, les bars qui servent sans manières, les banques, les pharmacies, et des hôtels avec ascenseur et chauffage fiable.
Dix minutes de descente jusqu'aux portes de la médina. À choisir si vous voulez la ville plutôt que son image : c'est l'option pratique, confortable et sans romantisme — et une bien meilleure affaire que la Ville Nouvelle de Fès, car celle de Tanger a réellement de la vie.
Marshan et les falaises
À l'ouest de la Kasbah, Marshan est le plateau résidentiel et arboré au-dessus de la mer : rues calmes, consulats, vieilles villas, les tombeaux phéniciens taillés dans la falaise, et le Café Hafa, qui sert le thé à la menthe sur des terrasses en gradins au-dessus de l'eau depuis 1921 et constitue la plus belle heure à passer dans cette ville au coucher du soleil.
Loger ici, c'est le calme, l'air et un vrai quartier local, la Kasbah à dix minutes à pied. Il y a moins de choses au pied de l'immeuble le soir, et vous êtes au-dessus du circuit touristique plutôt que dedans. C'est le choix des habitués, des longs séjours, et de qui veut habiter Tanger une semaine plutôt que la cocher.
Malabata, la corniche et la question de la plage
À l'est le long de la baie, la corniche file vers Malabata, où s'installent les grands hôtels modernes : vue mer, piscines, ascenseurs, accès voiture, et une promenade largement reconstruite ces dernières années. C'est confortable et pratique en famille. Mais soyons clairs sur la plage : celle de Tanger est urbaine, elle fait face à un port en activité et à une baie chargée, et elle vaut pour une promenade, pas pour une semaine de bronzage.
Si l'objectif est balnéaire, le Maroc répond bien mieux sur la côte atlantique. Prenez Malabata pour la piscine, l'espace et le balcon face à la mer, et considérez la ville — à un quart d'heure de taxi — comme l'attraction réelle.
Ce que cela coûte réellement
Tanger se situe en milieu de gamme marocain, et grimpe à mesure que la ville s'embourgeoise. En moyenne saison, par nuit pour deux : une maison d'hôtes simple en médina tourne autour de 25–45 € ; un bon dar en médina, 45–85 € ; un riad de la Kasbah avec terrasse et vue sur le détroit, environ 70–150 €, et les meilleurs vont bien au-delà ; les hôtels de la Ville Nouvelle, 40–90 €, pour un ascenseur et une position centrale ; les hôtels du front de mer à Malabata, 60–130 € selon la piscine et la vue.
L'été est haut — c'est ici que viennent les Marocains et la diaspora en août, et la ville est réellement pleine — quand l'hiver est bon marché, humide et venteux. Le printemps et l'automne sont la fenêtre idéale.
Y arriver, et repartir
Tanger Ibn Battouta est à environ 15 km du centre — une vingtaine de minutes, l'un des trajets d'aéroport les plus courts du pays. Le taxi officiel coûte autour de 150 MAD de jour et 200 MAD de nuit, et un transfert réservé démarre vers 18 €. Si vous rejoignez la médina ou la Kasbah, la règle de toute ville close s'applique : la voiture s'arrête à une porte, le plus souvent le Grand Socco ou les portes de la Kasbah, et vous marchez la dernière portion — demandez laquelle à votre riad et prévoyez une courte montée.
Tanger est aussi la grande ville de correspondance du Maroc, ce qui façonne bien des séjours : le train à grande vitesse Al Boraq rejoint Casablanca en un peu plus de deux heures, les ferries traversent vers l'Espagne, et Chefchaouen est à 117 km et environ deux heures de route, Tétouan à 70 km, Asilah à seulement 45 km sur la côte.
Qui devrait loger où
Première visite, deux nuits, pour la vue et l'atmosphère : un dar dans la Kasbah. Petit budget, ou envie d'être au cœur : la médina près du Petit Socco. Pratique, confortable, venu pour bien manger et boire : la Ville Nouvelle autour du boulevard Pasteur. Habitués et longs séjours : Marshan, avec le Café Hafa comme cantine. Familles, ou qui veut une piscine et un ascenseur : Malabata et la corniche.
Ferry matinal ou Al Boraq vers Casablanca : la Ville Nouvelle ou près du port — ne réservez pas la Kasbah pour un départ à 6 h avec des valises. Et si vous n'êtes là que pour changer de moyen de transport, soyez honnête et logez près de votre point de départ — mais envisagez plutôt deux nuits, car le Tanger que les gens écartent est celui où ils n'ont pas dormi.
Les erreurs qui gâchent un séjour à Tanger
La traiter en escale de ferry de quatre heures, voir le port et les rabatteurs, et conclure que la ville est un trou : ce jugement a quinze ans de retard et c'est l'erreur la plus commune ici. Réserver la Kasbah pour un départ à l'aube et traîner une valise à travers la médina au petit jour pour rejoindre un taxi.
Venir pour des vacances balnéaires : la plage urbaine fait face à un port en activité, et la côte atlantique fait cela infiniment mieux. Attendre un patrimoine de niveau Fès : l'attrait de Tanger est une atmosphère et un passé littéraire, pas une architecture monumentale ; si cela ne vous parle pas, la ville peut sembler mince. Et sous-estimer l'hiver : le vent de Levante et la pluie atlantique rendent janvier gris, venteux et froid, ce qui surprend qui imagine le Maroc en pays désertique.
- La Kasbah a les vues sur le détroit — par temps clair, on voit l'Espagne depuis une terrasse.
- Le Café Hafa à Marshan, au coucher du soleil, thé à la menthe, terrasses en falaise depuis 1921. À ne pas manquer.
- Les voitures atteignent le Grand Socco et les portes de la Kasbah ; demandez laquelle, et prévoyez une courte montée.
- Ne réservez pas la Kasbah si vous avez un ferry ou un train à l'aube : la médina avec des valises, mauvais départ.
- La plage de Tanger est urbaine et fait face à un port en activité. Venez pour la ville, pas pour le sable.
- L'hiver ici est humide et venteux, pas sec comme au désert. Vérifiez le chauffage et prenez un manteau.
Comparez riads et hôtels à Tanger
Les chambres avec terrasse de la Kasbah sont rares et ce sont celles qui ont la vue sur le détroit : elles partent tôt pour le printemps et l'été. Comparez les plateformes et bloquez-en une en annulation gratuite, le temps de choisir entre la citadelle, la Ville Nouvelle et la corniche.